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BIENVENUE CHEZ MOI

La naissance des oiseaux

le 19/07/2005 à 14h20
En ce temps-là, il n’y avait pas d’oiseaux et très peu d’animaux. Pendant les six lunes que durait le temps doux, les enfants n’avaient pour jouer que des feuilles et des cailloux.

Lorsque arrivait la septième lune, Ours Blanc soufflait le froid sur les arbres et Loup Hurleur les dépouillait. Toutes les feuilles tombaient des branches et séchaient. Les enfants n’avaient plus que des cailloux gelés pour jouer.

Arrivait le moment du jeûne et du séjour dans la loge à transpirer. C’était la tradition. Les enfants devaient, au sortir de la loge, adopter le nom de la première bête qu’ils voyaient. Mais les bêtes se terraient tant elles avaient froid et les enfants n’avaient pas de noms.

Après le passage d’Ours Blanc et de Loup Hurleur, les enfants étaient tristes et sans appétit : ils n’avaient même plus envie de manger leur sagamité*.

Une petite fille sans nom qui regardait tomber les feuilles avec ennui décida de s’adresser à Gouseclappe.

- Toi qui fais la terre, l’eau et les petits feux qui brillent là-haut, fais quelque chose si tu veux que les enfants portent un nom et mangent leur sagamité*.

Gouseclappe entendit la petite fille.

Le mois des fleurs venu, après que Vent du Sud eut défait le travail d’Ours Blanc, Gouseclappe ramassa les feuilles tombées et souffla dessus avec force. Les feuilles volèrent et tout à coup, des oiseaux de toutes les couleurs s’envolèrent et se posèrent dans les branches en chantant.

La petite fille cria :

- Je suis Mésange Dorée !

Et elle mangea sa sagamité avec entrain.

L'oiseau Vair

le 19/07/2005 à 14h17
Il était une fois un roi qui était bien malheureux. On le voyait toujours tout seul errant comme une âme en peine. Quand sa femme vint à mourir, il était déjà miné par le chagrin si bien qu’il ne lui restait plus une larme pour la pleurer.

Les gens savaient bien pourquoi le roi était si triste ; il n’arrivait pas à se consoler de la disparition de sa fille chérie. On savait que, même s’il ne prononçait jamais son nom, il ne pouvait l’oublier. Voici comment la fille du roi avait disparu, dans des circonstances plus que mystérieuses.

La princesse avait été demandée en mariage plusieurs fois mais elle avait refusé tous les prétendants. Et un bon jour, elle avait disparu.

Le roi se torturait les méninges. L’un des prétendants l’avait-il enlevée ? Où était-elle? En prison quelque part ? Et si elle avait été complice de cette disparition ? Le roi se posait beaucoup de questions qui restaient sans réponse.

Un jour, il fit la rencontre d’un vieil homme qui, pour son âge, paraissait alerte et gaillard. Il lui demanda :

- Qu’est-ce qui vous met en train et de si bonne humeur ?

- Je viens d’apprendre le retour de mes quatre garçons, dit le vieux.

- Qui sont donc vos quatre garçons ? demanda le roi.

- Sire, vous les connaissez sûrement ! fit le vieil homme. Le plus vieux, c’est Fin Devineur. Le deuxième, Fin Voleur. Le troisième Fin Tireur et le plus jeune, Fin Ramancheur*.

Le roi, qui avait consulté tous les tireurs d’horoscopes et les sorciers du pays, se dit, en entendant ce nom de Fin Devineur, qu’il avait intérêt à le consulter s’il voulait retrouver sa fille.

- J’aimerais bien voir vos quatre garçons, dit-il au vieux.
Emmenez-les donc au palais.

À l’heure dite, le roi fit préparer pour eux un grand festin et il envoya à leur rencontre son carrosse et son équipage. Les quatre garçons et leur père furent reçus en grande cérémonie. Après les avoir régalés à sa table, le roi les fit passer dans ses appartements et leur déclara :

- Si vous pouvez deviner ma peine et si vous êtes capables de m’en délivrer, je vous promets en retour une belle récompense.

Fin Devineur regarda le roi dans les yeux et dit :

- Sire, vous pleurez votre fille que vous avez perdue. Je sais où elle est, votre fille, et je vais vous le dire tout de suite. Il y a dans le monde un homme qui était bien méchant et que sa marraine-fée a chassé de son pays. Elle l’a transformé pour le punir en oiseau vair et il vit dans une forteresse construite à même le roc dominant la mer.

Pour se venger de son mauvais sort, poursuivit Fin Devineur, l’oiseau vair s’en prend aux jeunes filles. Je sais qu’un soir, il est venu rôder aux alentours de votre domaine. Et il a vu votre fille qui se promenait dans le jardin. Il l’a trouvée si belle qu’en un éclair il a foncé sur elle et qu’il l’a prise dans ses serres. Il l’a emportée vers une destination que personne ne connaît sauf Fin Devineur.

Et en disant ces paroles il pointa du doigt son front, il enfla la voix et dit :

- Le repaire de l’oiseau vair est à des milliers de lieues d’ici.

La princesse est emmuraillée dans un cachot de sorte qu’elle ne peut se sauver.

Le roi, en entendant ces mots, fut bouleversé. Il était au désespoir de savoir que sa fille était enfermée sous pareille garde. Il décida donc sur-le-champ de la donner en mariage à celui des quatre qui la lui ramènerait vivante.

- Je vous équiperai d’un navire que je ferai charger de provisions pour toute la durée du voyage, promit-il.

- Le voyage pourrait durer des années, répliqua Fin Devineur, car le repaire de l’oiseau vair est très loin.

Mais le roi tint sa promesse et les quatre garçons s’embarquèrent sur le navire équipé, à la recherche de la fille du roi. Après des semaines et des mois de navigation, après des tempêtes où ils faillirent périr, ils aperçurent enfin un rocher très haut qui dominait la mer. La nuit venue, grâce à la lueur de la lune, ils longèrent des falaises et s’arrêtèrent en face de la tour.

Une lumière brillait là-haut à la lucarne grillagée de fer.

- C’est bien là le cachot de l’oiseau vair. Nous voilà rendus, se dirent-ils.

Fin Voleur, qui avait l’habitude de rôder la nuit, grimpa au mât. Il y grimpa au mât. Il y grimpa jusqu’au bout et aperçut le visage d’une jeune fille appuyée à la vitre du cachot. Il redescendit vivement et trouva une lime et une échelle de corde. Puis, il déroula l’échelle qu’il fixa au bateau et il remonta jusqu'à la tour. Mais la princesse avait éteint sa lampe. Depuis qu’elle était enfermée chez l’oiseau vair, c’était la première fois qu’elle voyait de près un homme vivant. Elle se cacha du mieux qu’elle put car sa frayeur était immense. Quel malheur allait encore lui arriver ? Fin Voleur se mit à limer les barreaux du cachot. Il dégagea une ouverture en silence et la princesse finit par oser le regarder. Elle lui trouva un air honnête et obligeant. Mais ce n’était pas un temps pour les galanteries.

Fin Voleur lui expliqua vite le but de sa présence et pria la jeune fille tremblante de le laisser faire comme il l’entendait. Là-dessus, il sauta dans la pièce sombre, lui jeta un manteau sur les épaules et la pria de se pendre à son cou. Ainsi chargé, il descendit dans l’échelle de corde. La princesse osait à peine souffler, de peur de faire manquer le pas à son sauveur et de dégringoler dans la mer. Tous les deux finirent par gagner le navire où les attendaient les trois autres frères.

La princesse, malgré sa joie, redoutait l’oiseau vair. Elle s’empressa de dire aux quatre frères :

- L’oiseau vair ne dort pas plus de deux heures. S’il se réveille et s’aperçoit que je viens de déserter, il va me reprendre. Alors, dépêchez-vous de partir d’ici.

- N’ayez pas peur, dit Fin Voleur, il ne vous rattrapera pas ! Rassurée, la princesse leur confia :

- Aussitôt que l’oiseau vair sera en vue, vous le viserez sous l’aile gauche. Il a là une petite tache blanche.

À son tour, Fin Devineur multiplia les commandements :

- Toi, Fin Ramancheur*, tiens-toi prêt. Tandis que Fin Tireur se préparera à tirer, toi, si quelque chose se casse ou se brise, tu le répareras.

- L’oiseau vair, en effet, est capable de tous les dégâts, prédit la jeune fille.

Et tout se passa comme prévu. Le bruit du navire en partance réveilla l’oiseau vair qui, constatant la disparition de sa belle captive, entra dans une colère terrible. Il s’élança à leur poursuite.

Une tempête se déclencha qui amena un vent violent et des coups de tonnerre effrayants. La fille du roi tremblait d’effroi tandis que le ciel était zébré d’éclairs. Fin Tireur se préparait à tirer l’oiseau vair malgré la houle et, heureusement, un éclair lui permit de repérer, sous l’aile gauche de l ‘oiseau, la fameuse tache dont la fille avait parlé. Fin Tireur visa et tira. Aussitôt l’oiseau vair poussa un cri effrayant et tomba. Mais avant d’atteindre la mer, son corps vint frapper l’avant du bâtiment et cassa le mât en deux. Le navire se mit à pencher et tout semblait perdu. Fin Ramancheur*, qui attendait le moment de se rendre utile, répara les dégâts en un tour de main. Le navire portant la princesse et ses sauveteurs reprit la mer pour retourner au pays.

Le pays les accueillit avec joie. On célébra leur retour et l’on invita les quatre frères à raconter leur chasse à l’oiseau vair. Le roi était si content de revoir sa fille qu’il ordonna une grande fête.

Puis, il commença à penser à sa promesse. Il avait beau tourner et retourner dans sa tête les faits et les exploits de chacun des frères, il n’arrivait pas à fixer son choix sur l’un des quatre. Lequel aurait sa fille en mariage ?

Il se dit : « Sans Fin Voleur, la clairvoyance de Fin Devineur n’aurait servi à rien. Sans Fin Tireur, l’oiseau vair aurait repris ma fille et regagné la tour où il l’aurait enfermée encore une fois. Et que dire à cette heure de Fin Ramacheur* qui les a sauvés d’un naufrage certain en réparant le vaisseau à temps ? »

À la fin, le roi décida de s’en remettre au jugement de sa fille puisque, après tout, c’était bien elle qui était la première intéressée dans l’affaire et c’était son bonheur à elle qui était en jeu.

Questionnée par son père, la fille du roi se répandit en compliments sur la vaillance de celui qu’elle avait aperçu en premier et qui, pour la sortir du cachot, avait grimpé jusqu'à elle sur une échelle de corde.

- Quand Fin Voleur est apparu au clair de lune, je l’ai trouvé tout de suite si grand et si beau ! s’écria-t-elle.

Alors le roi accorda à Fin Voleur la main de sa fille. Quant aux trois autres, Fin Devineur et Fin Ramancheur*, qui avaient été aussi braves à leur manière, ils reçurent du roi un château et beaucoup d’argent.

L'Arbalète magique

le 06/07/2005 à 14h29
Grâce à l'arc magique offert par un génie, le roi An Duong Vuong arriva à défaire l'armée chinoise. Ne pouvant lutter à armes égales avec ce dernier, le général chinois Triêu Dà dut faire la paix et dépêcha son fils Trong Thuy à la cour de Au-Lac en gage de bonnes relations entre les deux pays.

Trong Thuy arriva à conquérir le coeur de la fille du roi An Duong Vuong et devint ainsi le conseiller intime du roi. Malgré l'affection et l'amour qu'il portait à sa femme My Chau , il ne perdait pas de vue la mission dont l'avait investi son père: neutraliser l'arme magique qui permettait d'assurer la suprématie du roi An Duong Vuong. Cet engin miraculeux était bien gardé dans un endroit connu seulement par le roi et sa fille. Celle-ci, après maintes demandes insistantes de Trong Thuy, lui montra cette arme magique dont la gâchette était constituée par une griffe de la Tortue d'Or. Profitant d'un moment d'inattention de la princesse, Trong Thuy réussit à décrocher la griffe de la Tortue d'Or et à la remplacer par une imitation similaire. Puis, peu de temps après, il prétexta la mauvaise santé de son père et demanda au roi de lui permettre de rentrer dans son pays.

Avant son départ, il demanda à sa femme "Comment nous retrouver en cas de séparation brusquée?". "Tu peux me répérer facilement car en cas d'urgence, je jetterai sur mon passage, les duvets blancs de mon manteau, lui répondit-elle.

Ayant convaincu que l'arme magique ne possèdait plus les vertus dévastatrices, le général chinois se lança à l'attaque du royaume Au-Lac. Toujours confiant en la puissance de son arc magique, le roi An Duong Vuong alla chercher son arme pour détruire les ennemis. Ayant constaté que l'arme était détraquée, le roi prit la fuite en sautant sur son cheval et en emmenant sa fille en croupe en direction de la mer. Arrivé près du rivage, il s'écria "Génie de la Tortue d'Or, venez à mon secours". Celui-ci apparut aussitôt et pointa son index vers le roi en disant " L'ennemi est derrière vous, sur la croupe du cheval".

Le roi se retourna, vit sa fille avec la traînée de plumes blanches semées sur la route qu'il avait suivie. Furieux, il sortit son épée, tua My Châu et suivit le génie de la Tortue d'Or dans la mer. Guidé par les plumes d'oie, Trong-Thuy vit le corps de sa femme morte sur la plage. Le sang qui s'en échappait fut ingurgité par des huîtres et se tramsforma en des perles. Désespéré Trong-Thuy ramena le corps de sa femme à Cô-Loa et se suicida en se jetant dans un puits près de la tombe de My-Châu.

loveparade

le 06/07/2005 à 14h27
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Une fête au palais céleste

le 16/05/2005 à 16h43
En approchant du palais céleste, Dragon Doré entendit de la musique puis des éclats de voix, échos d'une grande fête célébrée pour l'anniversaire de l'empereur. Des immortels et des dragons étaient réunis et chantaient, dansaient , mangeaient ... et surtout buvaient plus que de raison ! Trois jours et trois nuits plus tard, la réception durait toujours mais le petit Dragon Doré s'ennuyait car il n'aimait pas les beuveries. Il décida , à la fin du troisième jour de retourner sur Terre. En survolant la grande plaine de Chine, d'habitude si fertile, il fut surpris de découvrir un paysage de fin du monde : plante grillées, arbres morts, champs déserts !
Au dessus d'une ferme Dragon Doré entendit des sanglots. Une petite fille pleurait dans la cour. Il se posa a côté d'elle et lui demanda des explications. Elle lui répondit qu'il n'était pas tombé une seule goutte de pluie depuis trois ans. Alors Dragon Doré compris tout : une journée passée au cieux par un dragon correspondait à un an sur Terre. Or le Dragon de la pluie avait dansé trois jours de suite au palais sans se préoccuper de son travail.
Dragon Doré revint à tire-d'aile au palais céleste où personne ne dansait plus. Il aperçut le Maître des pluies affalé sur un siège, à moitié ivre et lui expliqua aussitôt le problème. Le Maître lui répondit qu'il ne pouvait faire pleuvoir sans ordre de l'Empereur. Alors Dragon Doré demanda à voir celui-ci mais les gardes l'en empêchèrent : il dormait à poings fermés et ne voulait en aucun cas être dérangé.

Dragon doré alla alors voir le Maître du Tonnerre et la Maîtresse de l'éclair . Tous deus se laissèrent facilement convaincre mais la foudre et le tonnerre ne suffisent pas. A ce moment vinrent à passer le Maître des Nuages et celui du vent. Ils donnèrent volontiers leur accord et aussitôt le Vent poussa de gros nuages au dessus de la Chine, tandis que jaillissaient des éclairs et que tonnait l'orage. Pourtant, il manquait toujours la pluie. Aussi Dragon Doré décida-t-il d'avoir recours à la ruse. Il s'approcha du Maître des Pluies qui ronflait et lui cria brusquement à l'oreille que l'Empereur lui ordonnait de faire tomber la pluie immédiatement. Surpris, le Maître des pluies empoigna la jarre magique et versa la pluie en abondance sur Terre. Les paysans furent sauvés. Peu après , l'Empereur apprit l'incident et , furieux qu'un simple dragon ait osé donner un ordre en son nom , il le fit condamner a mort. Les maîtres des vents et des nuages répandirent cette nouvelle sur Terre. Les habitants révoltés firent exploser des pétards et frappèrent tous ensemble sur des tambours ou des gongs de cuivre. Ce vacarme parvint jusqu'au palais. L'empereur accepta de transformer sa sentence : Dragon Doré fut condamné à la vie terrestre... puis à être brûlé! Les habitants allumèrent un feu autour de Dragon Doré. L'Empereur de sa fenêtre vit les flammes et se dit satisfait. En réalité, sain et sauf, Dragon Doré dormait paisiblement, caché parmi les hommes car les flammes n'avaient été que celles d'un gigantesque feu d'artifice en l'honneur de Dragon doré.

L'histoire des enfants de Lîr

le 03/03/2005 à 20h16
" Texte traduit du Gaelique et adapté en Français par Roger Chauviré "

Au temps où le peuple-fée, qui habite sous terre ses palais des collines se choisit un roi après la bataille de Tailtinn, quand Lîr apprit qu'on donnait la couronne à Bôv Derg, son déplaisir fut grand. Il quitta l'assemblée sans prendre congé ni dire mot à personne, car c'était lui, pensait-il, qu'on aurait dû faire roi. Mais si lui s'en alla, on n'en donna pas moins la couronne à Bôv Derg, aucun des cinq concurrents ne la lui enviant, sauf Lîr. Et ce qu'on résolut fut de poursuivre Lîr, brûler sa maison forte, l'assaillir lui-même avec la pique et 1'épée, pour le punir de ne pas s'incliner devant le roi qu'on avait choisi.

- Nous n'allons pas faire cela, dit au contraire Bôv : ce guerrier défendrait n'importe quelle place qu'il occupât ; et d'ailleurs, en suis-je moins roi du peuple-fée parce qu'il refuse de plier devant moi ?

Tout alla de la sorte pendant un assez long temps ; mais enfin un grand malheur tomba sur Lîr: il perdit sa femme, morte après une maladie qui dura trois jours. La chose fut très cruelle, et il avait de la morte un lourd regret dans le cœur.

On parla beaucoup de cette mort en ce temps-là et la nouvelle en circula dans toute 1'Irlande, et elle arriva jusqu'au palais de Bôv quand il avait autour de lui les pnncipaux du peuple-fée. Et Bôv dit :

- Si Lîr y tenait, mon amitié lui serait d'un grand secours, aujourd'hui que sa femme n'est plus. Car j'ai ici avec moi les trois jeunes filles les mieux faites, et du plus beau visage, et du meilleur renom qui soient dans toute l'Irlande, Év, Ifé et Ailve, filles d'Oilell, roi d'Arann, auxquelles je sers de père adoptif.

Ses hommes dirent qu'ils trouvaient son idée bonne, et qu'il disait vrai. On envoya messages et messagers, de la part de Bôv Derg, à I'endroit où vivait Lîr, lui mander que s'il lui plaisait de s'allier avec le fils de Dagda et le reconnaître souverain, il en recevrait l'un de ses enfants d'adoption. Lîr, appréciant l'offre, se mit en route le lendemain, avec cinquante chars, du Palais de la Blanche-Colline ; et il prit au plus court, pour atteindre le lieu où vivait Bôv, sur le lac Derg : on lui fit grand accueil, et les gens se montraient pleins d'allégresse et de bonne grâce, et sa suite et lui reçurent toutes sortes d’attentions cette nuit-là. Les trois filles d'Oilell, roi d'Arann, étaient assises sur le même siège que la femme de Bôv Derg, reine du peuple-fée, laquelle était leur mère adoptive. Bôv dit :

- Tu peux choisir entre les trois jeunes filles, Lîr.

-Je ne saurais dire, répondit Lîr, laquelle je préfère ; mais quelle qu'elle soit, l'aînée est la plus noble, et celle qu’il me sied mieux de prendre.

- Puisqu'il en est ainsi, reprit Bôv, c'est Év qui est l'aînée et je te la donne, si c'est ton vœu.

- C'est mon vœu.

II prit donc Év à femme cette nuit-là, demeura une quinzaine, et ensuite l'emmena dans son palais à lui, où il donnerait une grande fête pour leurs noces. Avec le temps, Év lui donna deux enfants, une fille et un fils, dont les noms furent Finuala Blanche-Épaule, et É. Après un temps encore, elle reprit le lit, et cette fois donna le jour à deux fils, qu'on appela Fiachra et Conn ; mais elle mourut à leur naissance. Ce fut à Lîr un lourd poids sur le cœur, et s'il n'avait eu la pensée arrêtée sur ses quatre enfants, il eut été bien près de mourir de chagrin.

La nouvelle parvint à la demeure de Bôv Derg, et tous jetèrent trois grandes, hautes lamentations, pleurant leur fille adoptive ; mais quand ils l'eurent pleurée, voici ce que dit Bôv :

- Nous sommes désolés de savoir notre fille morte, tant pour l'amour d'elle que pour l'amour de l'homme de cœur à qui nous I'avions donnée, et que nous remercions de sa fidélité. Mais l'amitié entre nous ne sera pas rompue, car je lui donnerai pour femme la sœur de l'autre, Ifé.

À cette nouvelle, Lîr vint chercher la jeune fille, l'épousa, et l'emmena chez lui dans son palais. Ifé aimait et honorait les enfants de sa sœur, car en vérité personne au monde ne pouvait voir ces quatre enfants sans leur donner l'amour de son cœur. Bôv Derg avait coutume d'aller souvent chez Lîr pour l'amour de ces enfants, comme aussi de les emmener chez lui pour un bon espace de temps, quitte à les laisser ensuite retourner dans leur maison.

À ce moment-là, le peuple-fée cé1ébrait la fête du Temps, sous chaque colline hantée, à tour de rôle ; et quand ils arrivèrent à celle où vivait Lîr, les quatre enfants, par leur beauté, faisaient la joie et le délice de tous. Ils avaient coutume de dormir en des lits sous les yeux de leur père, et Lîr se levait chaque matin au petit jour pour aller s’étendre parmi ses enfants. Mais ce qui advint de tout cela, c'est qu'Ifé s'enflamma d'un feu jaloux, et qu'elle prit les enfants de sa sœur en dégoût et en haine. Alors elle prétendit être malade d'une maladie qui dura près d'une année entière ; et au bout de ce temps-là, elle acheva un coup de traîtrise, jalousie et cruauté contre les enfants de Lîr. Elle fit mettre au joug les chevaux de son char, monter les quatre enfants, et tous roulèrent vers le palais de Bôv Derg. Finuala n'avait aucune envie de la suivre, car, à la voir, elle devinait qu'Ifé méditait leur mort ou leur perte, et elle avait connu en rêve qu'une trahison contre eux hantait l'esprit d'Ifé. N'importe, elle ne put échapper à ce qui l'attendait. Quand ils furent en route, Ifé dit à ses gens :

- Tuez maintenant les autres enfants de Lîr, qui m'ont ravi l'amour de leur père, et je vous donnerai le choix d'une récompense entre toutes les bonnes choses de ce monde.

- Nous n'en ferons rien, dirent-ils. C'est une mauvaise action qui t'est venue en tête, et tu la paieras un jour.

Et comme ils ne voulaient pas faire à son gré, elle-même prit une épée pour se défaire des enfants ; mais, n'étant qu'une femme, et sans grand cœur, ni grande résolution dans l'esprit, elle ne put aller jusqu'au bout. Ils continuèrent vers l'ouest et le Lac aux Chênes, où elle arrêta les chevaux. Là, Ifé dit aux enfants de Lîr d'aller se baigner dans le lac, et ils firent comme on leur disait ; mais ils n'étaient pas plutôt dans le lac qu'elle les toucha d'une baguette druidique, et jeta sur eux l'apparence de quatre cygnes, blancs et beaux.

Et elle leur dit :

- Partez, enfants du roi ! Votre bonne chance vous est à jamais ravie. Triste sera votre histoire à ceux qui vous aiment.

C'est parmi les vols d'oiseaux qu'on entendra pour toujours vos cris.

- Sorcière, car nous savons maintenant quel est ton nom, dit Finuala, tu nous as frappés sans recours ; mais, même si tu nous pousses de vague en vague, il y aura des jours où nous toucherons terre ; nous recevrons de l'aide quand on nous verra, de l'aide et tout ce qui pourra nous soulager ; même s'il nous faut dormir sur les eaux du lac, nos esprits s'envoleront bien loin de grand matin. C'est une cruauté que tu as faite, Ifé, c'est fin cruelle à ton amour que de nous perdre ainsi sans raison ; la vengeance te poursuivra, tu périras en punition de ton crime, car ton pouvoir pour nous perdre ne passe point, de ceux qui nous aiment, le pouvoir pour nous venger. Et maintenant, fixe un temps à la durée de cet enchantement.

- Je le ferai, dit-elle, et pis vous en prendra de l'avoir demandé. La limite que je pose est que l'enchantement dure aussi longtemps que la Femme du Sud ne rencontrera pas l'Homme du Nord. Et puisque vous voulez le savoir de ma bouche, ni amis ni puissance que vous ayez ne pourra jamais vous délivrer de la forme où vous êtes, jusqu'à ce que vous ayez vécu trois cents ans sur le Lac aux Chênes, trois cents ans sur la Passe de la Moyle entre Irlande et Écosse, trois cents ans à Port Domnann ; et telles seront vos étapes à partir de ce jour.

Mais une manière de repentir alors vint à Ifé, et elle dit :

- Puisque maintenant je n'ai plus d'autres secours à vous donner, au moins vous allez pouvoir garder votre langage ; vous chanterez aussi la douce musique des palais souterrains, si douce qu'elle berce jusqu'au sommeil les hommes de la terre, et il n'y aura point au monde musique qui égale la vôtre ; vous garderez encore la raison qui fut vôtre et la noblesse, en sorte qu'il vous pèse moins de demeurer sous la forme d'oiseaux. À présent, disparaissez de devant mes yeux, Enfants de Lîr, avec vos têtes blanches et votre hésitant langage irlandais. Dure malédiction sur de tendres enfants, que de se voir jetés dehors, au gré du vent farouche ! Neuf cents années sur l'eau, le temps a quiconque serait long pour souffrir. C'est moi qui par ma trahison vous imposerai 1'épreuve, le mieux pour vous maintenant est de faire comme je vous dis. Et lui, Lîr, à qui son javelot donna tant de victoires, maintenant en lui son cœur est un noyau de mort. Le gémissement du héros me rend malade, et pourtant c'est bien moi qui ai mérité son courroux.

Alors on saisit les chevaux d'Ifé, on les enjugua à son char, elle poursuivit sa route jusqu'au palais de Bôv Derg, et reçut grand accueil des principaux du peuple. Le fils de Dagda lui demanda pourquoi elle n'amenait pas les enfants de Lîr.

-Je te le dirai, répondit-elle. C'est que Lîr ne t'aime guère, et qu'il ne te confiera pas ses enfants, de crainte que tu ne les gardes tout à fait, et loin de lui.

- La chose m'étonne, repartit Bôv Derg, car j'aime ces enfants-là plus chèrement que les miens-mêmes.

Il pensait, à part lui, que c'était une fourberie de la femme, et ce qu'il fit, ce fut d'envoyer des messagers dans le nord, à la Blanche-Colline. Lîr s'enquit d'eux pourquoi ils venaient.

- À raison de tes enfants, dirent-ils.

- Ne sont-ils pas allés vous voir en compagnie d'Ifé ?

- Non. Et Ifé prétend que c'était toi qui ne voulais pas qu'ils vinssent.

Lîr, à cette nouvelle, eut le cœur brisé de tristesse, car il devinait bien qu'Ifé avait conçu la perte ou la mort de ses enfants. Donc, au petit jour le lendemain, on saisit ses chevaux, et il prit la route du sud-ouest. Quand il fut parvenu jusqu'aux bords du Lac aux Chênes, les quatre enfants virent les chevaux approcher, et Finuala dit :

- Bienvenue soit la troupe de chevaux que j'aperçois venir vers la rive du Lac ! Les hommes qu'ils portent sont puissants, on lit sur eux la tristesse : c'est nous qu'ils poursuivent, c'est nous qu'ils cherchent. Approchons-nous du bord, É, Fiachra, gracieux Conn ! Les arrivants ne sauraient être que Lîr et sa maison.

Lîr, étant venu à la pointe du Lac, s'aperçut que les cygnes avaient la voix de personnes naturelles, et leur demanda comment il se faisait.

- Je te le dirai, Lîr, répondit Finuala. Nous sommes tes quatre enfants à toi, que ta propre femme, sœur de notre mère, vient de perdre sous la poussée de sa jalousie.

- Est-il aucun moyen de vous faire reprendre votre forme ?

- Il n'en est point. Tous les hommes du monde entier n'y pourraient rien, jusqu'au jour où nous aurons fait notre temps, et cela ne peut être avant qu'aient passé neuf cents ans.

En oyant cela, Lîr et ses gens poussèrent trois grandes, lourdes clameurs de chagrin, douleur et gémissement.

- Aimeriez-vous, dit Lîr, venir à terre avec nous, puisque vous avez encore votre même raison et votre mémoire ?

- Nous n'avons, dit Finuala, congé de vivre avec aucun être humain à présent : il nous reste notre langage, l'irlandais, et nous pouvons chanter de suave musique, belle à réjouir toute la race des hommes qui pourrait 1'écouter. Passez la nuit ici, nous vous donnerons notre musique.

Lîr et sa maison, donc, firent halte en ce lieu, tendant l'oreille à la musique des cygnes, et cette nuit-là jouirent d'un doux sommeil. Lîr, le lendemain matin, se leva de bonne heure et fit cette chanson :

"Il est temps de quitter ce lieu,
Je ne puis y dormir bien que je sois couché.
Séparé de mes chers enfants,
Voilà qui tourmente mon cœur.
C'est un cruel filet que je jetai sur vous,
Le jour où j'amenai dans ma demeure Ifé.
Je n'aurais jamais formé ce dessein
Si j'avais su ! si j'avais su !
Finuala, gracieux Conn, É, Fiachra, mon fils aux beaux draps,
C'est malgré moi que je vous quitte,
Vous et le havre où vous vivez."

Alors, il poursuivit jusqu'au palais de Bôv Derg, où l'accueillit une bienvenue ; mais Bôv lui fit reproche de ne pas amener ses enfants avec lui.

- Hélas ! dit Lîr, ce n'est pas moi qui refuserais d'amener mes enfants. C'est cette Ifé là-bas, ta fille d'adoption et la sœur de leur mère, qui leur a imposé la forme de quatre cygnes sur le Lac aux Chênes, comme le peut voir tout le peuple d'Irlande ; mais ils conservent encore leur raison, leur esprit, leur voix et leur langage irlandais.

À ces mots, Bôv eut un violent sursaut, car il connut que Lir disait vrai et après un reproche acerbe à Ifé, il lui dit :

- Traîtrise qui pour toi-même, Ifé, finira plus mal que pour les Enfants de Lîr ! Quelle forme toi-même penserais-tu la pire qu'on pût t'infliger?

- La pire serait, je pense, d'être muée en un démon de l'air.

- Et c'est celle ou je vais te changer.

Sur quoi il la toucha de sa baguette druidique, et elle se trouva soudain tournée en un malin esprit de l'air, et en cette figure elle s'enfuit sur l'aile du vent, et elle y est encore, et elle y sera jusqu’à la consommation de la vie et du temps.

Quant à Bôv et au peuple-fée, ils s'en vinrent à la rive du Lac aux Chênes, et y plantèrent leur camp pour écouter la musique des cygnes. Et les Fils des Gaëls avaient coutume d'y venir, non moins que le peuple divin, des quatre coins de 1'Irlande pour les ouïr, car jamais en Irlande il n'y eut musique délicieuse qui se pût comparer à la musique des cygnes.

Eux s'adonnaient, aussi, à conter des histoires, et converser chaque jour avec les hommes d'Irlande, avec leurs anciens maîtres et compagnons d'école, avec leurs amis. Et chaque nuit ils se reprenaient à chanter de très suave musique du pays-fée ; et quiconque oyait cette musique dormait un profond et calme sommeil, de quelque tourment ou longue maladie qu'il fût affligé, car, à ouïr la musique des oiseaux, il goûtait la plénitude du bonheur. Or donc, ces assemblées du peuple divin et des Fils des Gaëls continuèrent là, autour du Lac aux Chênes, pendant trois cents longues années. Et c'est alors que Finuala dit à ses frères :

- Savez-vous que nous avons achevé toute la part de notre âge que nous avons à passer ici, moins la nuit qui vient ?

Les fils de Lîr, à ces mots, furent saisis d'une grande tristesse, car à leur sens, pouvoir converser avec leurs amis et compagnons sur le Lac aux Chênes valait presque autant que de redevenir personnes naturelles, surtout en comparaison de leur sort à venir, sur la mer froide et tourmentée de la polaire Moyle. Ils vinrent le surlendemain parler à leurs deux pères, le vrai et l'adoptif, ils leur dirent adieu, et Finuala fit cette chanson:

"Adieu, Bôv Derg, gage de toute connaissance !
Adieu, père, adieu Lîr de la Blanche-Colline !
Voici venir, je crains, l'heure qui nous sépare.
Plaisante compagnie ! ô douleur, nous partons,
Mais non point pour vous aller voir.
Désormais, amis de nos cœurs.
C'est la Moyle tempétueuse,
Où nous vivrons, sans une voix auprès de nous.
Trois cents ans là, puis trois cents ans
Dans la baie des Gens de Domnann.
Ô pitié ! les Enfants de Lîr
N'auront la nuit pour les vêtir,
Ô pitié ! que la vague et le sel et la mer.
Frères, frais visages pâlis,
Qu'elle quitte à présent le lac,
L'ample troupe qui nous aimait !
Triste est la séparation."

Quand elle eut fini de chanter, ils prirent l'essor, d'une aile vive et 1égere, jusqu'à la Passe de la Moyle, entre Irlande et Écosse. Ce fut une douleur pour les hommes d'Irlande, et ils interdirent de tuer désormais aucun cygne, quelque chance qu'on eût de l'abattre, d'un bout de l'Irlande à l'autre.

C'etait aux enfants de Lîr un cruel lieu pour y vivre que la Passe de la Moyle. Quand ils virent autour d'eux la vaste côte, ils se sentirent noyés de froid, de crainte ; et toutes les misères qu'ils avaient traversées déjà ne leur semblaient rien, au prix de celles qui les attendaient sur la mer. Une nuit, donc, une grande tempête les assaillit, et Finuala dit :

- Frères chéris, ce serait pitié de ne point nous préparer à la nuit qui vient, car la tempête, sans manque, va nous séparer les uns des autres. Fixons quelque lieu où nous puissions nous retrouver, si nous sommes chassés à l'écart cette nuit.

- Décidons, dirent les autres, de nous retrouver à l'Écueil aux Phoques, puisque nous savons tous où il est.

Quand minuit vint, le vent survint avec ; la rumeur des lames s’éleva, dans les éclairs et le tonnerre, l'ouragan déchaîne balaya 1'étendue, et tant, que les Enfants de Lîr se trouvèrent épars sur la vaste mer, et que l'immensité les en égarait, et que pas un d'entre eux ne savait plus ou les autres étaient passés. Mais après l'ouragan tomba un grand calme. Finuala était seule sur la Moyle ; et quand elle vit que ses frères manquaient, elle les regrettait avec des plaintes lamentables, et elle fit cette chanson :

"Quelle pitié de vivre en l'état où je suis,
Mes ailes gelées sur mes flancs !
Peu s'en fut que le vent ne m'ait, dedans le corps,
Brisé le cœur, si É n'est plus.
Trois cents ans sur le Lac aux Chênes
Sans recouvrer ma propre forme,
Ce n'était rien au prix du temps
Qu'il me faut rester sur la Moyle.
Mes trois aimés, mes trois aimés
Dormant à l'abri de mes ailes,
Jusqu'au jour où les morts reviendront aux vivants
Je ne les verrai plus jamais.
C'est grand dommage de survivre
À Fiachra, Conn, sans rien savoir d'eux,
Et c'est grand'pitié d'être là,
Face aux cruautés de la nuit."

Elle attendit toute la nuit, sur l'Écueil aux Phoques, le lever du soleil, et tant, qu'épiant autour d'elle toute 1'étendu de la mer, elle vit enfin Conn approcher, les plumes trempées jusqu'aux os, la tête pendante, et son cœur lui fit grand accueil. Puis Fiachra s'en vint trempé, morfondu, épuisé et ils ne purent comprendre un mot de ce qu'il disait, accablé qu'il était par la froidure et la misère endurées. Finuala le mit sous son aile et dit :

- Nous serions bien aises maintenant si seulement É pouvait nous revenir.

Ce ne fut guère longtemps après qu'ils virent arriver É, la tête sèche et le plumage beau : Finuala lui fit grand accueil et le mit sous les plumes de son poitrail, Fiachra sous son aile droite et Conn sous son aile gauche, de sorte qu'elle les couvait tous trois de son duvet.

- Hélas ! frères, dit-elle, ce fut une cruelle nuit pour nous que la dernière, et plus d'une pareille nous en souffrirons avant d'être quittes.

Après ce jour, ils demeurèrent là un très long temps, endurant sur la Moyle le froid et la misère, jusqu'au temps où enfin une nuit tomba sur eux dont ils n'avaient jamais souffert la pareille, pour le gel, la neige et le vent. Ils pleuraient et gémissaient sur la cruauté de leur sort, le froid de la nuit, 1'épaisseur de la neige, l'aigreur du vent. Et après qu'ils eurent pâti du froid jusqu'à la consommation d'une année, alors une nuit pire encore tomba sur eux au cœur de l'hiver ; ils étaient sur l'Écueil au Phoques, l'eau gelait autour d'eux, et comme ils se reposaient sur le roc, leurs pieds, leurs ailes, leurs plumes gelèrent jusqu'à prendre à la pierre, si bien qu'ils ne pouvaient plus bouger. Et ils se débattirent si fort pour se délivrer qu'ils y laissèrent la peau de leurs pieds, leurs plumes, le bout de leurs ailes après eux.

- Hélas ! Enfants de Lîr, dit Finuala, peineux est le cas où nous sommes, car nous ne pouvons endurer que l'eau salée nous touche, et nous sommes tenus de ne pas la quitter : si le sel de l'eau entre dans nos plaies, c'est pour nous la mort.

Et elle fit cette chanson :

"Cette nuit se passe à gémir, sans plumes pour vêtir nos corps.
Qu'il est froid, le roc inégal, le roc coupant à nos pieds nus !
Cruelle fut notre marâtre, hélas ! de nous jeter le sort,
Qui de nous quatre fit des cygnes sur la mer. L'étuve où nous laver,
C'est le brisant du golfe où vole en écumant la crinière des lames ;
Nous buvons au lieu de la bière du festin, L'amère eau de la marée bleue."

N'importe ! il leur fallut revenir au courant marin de la Moyle, et l'eau chargée de sel était poignante et vive et cruelle pour eux, mais si âpre fût-elle, ils ne pouvaient ni la fuir ni s'en préserver. Ils restèrent le long de la rive à pâtir de toute cette misère jusqu'au jour où leurs plumes de nouveau crûrent, où leurs ailes, leurs plaies se trouvèrent entièrement guéries. Ils abordaient chaque jour à la rive d'Irlande ou d'Écosse, mais il leur allait revenir à la Passe de la Moyle chaque nuit.

Advint qu'un jour ils dérivèrent, dans le Nord de 1'Irlande, à la bouche de la Bann, et ils aperçurent une troupe de cavaliers, beaux à voir, vêtus d'une seule couleur, montant des bêtes excellemment dressées, de robe toute blanche, et courant la route qui vient droit du sud-ouest.

- Savez-vous qui sont ces cavaliers, Enfants de Lîr ? demanda Finuala.

- Non, dirent-ils. Mais ils pourraient bien être une bande soit des Fils des Gaëls, soit du peuple-fée.

Ils approchèrent encore de la côte, pour reconnaître qui c'etait ; et les cavaliers, les apercevant, vinrent au devant, assez près pour tenir conversation. Il y avait là les deux fils de Bôv Derg, É a 1'Esprit-Agile, Fergus Sage-aux-Échecs, qui étaient les chefs ; avec eux, un tiers des cavaliers du Pays Divin ; et c'étaient les cygnes qu'ils allaient cherchant depuis un long temps. Lorsqu'ils se furent joints, les uns et les autres mutuellement s'offrirent gracieuse et amicale bienvenue et les enfants de Lîr demandèrent des nouvelles de tout le peuple-fée et, plus que de tous autres, de Lîr, de Bôv Derg, et des leurs.

- Ils sont sains et saufs, leur fut-il répondu, tous au même lieu, dans le palais de ton père sous la Colline-Blanche, célébrant la fête du Temps de façon plaisante et heureuse et sans souci, n'était votre absence, et aussi qu'ils ne savent ce que vous êtes devenus depuis le jour où vous quittâtes le Lac aux Chênes.

- I1 n'en fut pas ainsi de nous, dit Finuala : nous avons passé par de grandes épreuves, misères et tourments sur le flux et reflux de la mer, jusqu'au jour où nous voilà.

Et elle fit cette chanson :

"On mène grande joie dans le palais de Lîr ;
On y boit force bière et vin ;
Pourtant froide est la place où cette nuit reposent
Les quatre enfants du roi.
Couverture sans une tâche,
La seule plume vêt nos corps ;
Et pourtant souvent nos habits furent de pourpre,
Nous buvions le doux hydromel.
Notre manger et notre boire,
C'est le sable et c'est l'onde amère de la mer ;
Pourtant nous avons bu souvent aux coupes rondes
La boisson de feuilles de coudre.
Nos lits sont les rocs nus que n'atteint pas la vague ;
Pourtant on nous tendit souventes fois des lits
De duvet ravi aux oiseaux.
Notre tâche est qu'il faut qu'on nage
Dans le gel, la rumeur des eaux ;
Pourtant plus d'une fois une escorte de princes
Chevauchait après nous jusqu'au palais de Bôv.
Voilà qui a flétri ma force
D'aller et de venir dans les courants de Moyle
Sans jamais pouvoir, au soleil,
Jouir de l'herbe tendre et molle.
Lit de Fiachra ou lit de Conn,
C'est l'abri d'une aile, à la mer ;
Lit d'É, c'est le duvet si doux d'une poitrine,
Tous quatre arrangés flanc à flanc."

Alors les cavaliers s'en furent au palais de Lîr et rapportèrent aux princes du peuple-fée tout ce que les oiseaux avaient souffert et en quel triste point ils étaient.

- Nous ne pouvons rien pour eux, dirent les princes ; mais nous sommes joyeux qu'ils soient encore en vie, car ils seront secourus à la fin de leur temps.

Quant aux Enfants de Lîr, ils retournèrent à leur repaire ancien sur la Moyle et y vécurent jusqu'à ce que le temps qu'ils devaient y passer fût passé. Alors Finuala dit :

- Voici pour nous venu le temps de quitter cet endroit : c'est au Port de Domnann qu'il nous faut aller maintenant, après nos trois cents ans ici. En vérité, là-bas, il n'y aura pour nous nul repos, nulle place pour atterrir, nul abri contre la tempête. N'importe ! puisque le temps est venu d'aller, partons sur l'aile du vent glacé, que nous n'allions pas nous perdre.

Ils partirent donc de la sorte, laissèrent derrière eux la Passe de la Moyle, descendirent à la pointe du Havre de Domnann et s'y établirent. C'est une vie de misère et de froid qu'ils y vécurent : une fois, la mer gela autour d'eux, tant qu'ils ne pouvaient plus bouger, et les frères se lamentaient ; mais Finuala les consolait, sachant qu'à la fin de leur temps le secours viendrait.

Ils demeurèrent au Port de Domnann jusqu'à ce que le temps qu'ils devaient y passer fût passé. Alors Finuala dit :

- Voici pour nous venu le temps de regagner le palais de Blanche-Colline, où notre père habite avec toute sa maison, avec tout notre peuple.

- Nous en sommes grandement réjouis, dirent-ils.

Ils prirent donc leur vol légèrement dans l'air pour gagner la Blanche-Colline. Mais voici comment devant eux ils trouvèrent la place : déserte. Rien que des tertres verts et des buissons d'orties, sans un toit, sans un feu, sans un âtre. Les quatre, serrés l'un contre l'autre, poussèrent trois cris de douleur et Finuala fit cette chanson :

"Hélas ! je demeure interdite :
Pas un toit et pas un foyer ! À voir ce qu'il est devenu,
Ce lieu est amer à mon cœur. Pas un chien et pas une meute ;
Pas une femme et pas un roi.
Nous ne l'avons pas connu tel quand Lîr notre père y régnait.
Ni coupe ou corne, ou beuverie dans une salle illuminée ;
Ni jeunes gens ni cavaliers: désert préfigurant tristesse.
Que les gens du lieu soient comme ils sont à présent,
La pensée est lourde à mon Cœur.
Ce soir, il est clair à mon âme que le seigneur du lieu n'est plus.
Ô maison, nous avions coutume d'y voir la musique et les jeux :
C'est change profond de la voir déserte comme elle est ce soir."

Cependant les Enfants de Lîr demeurèrent cette nuit-là dans le lieu qui avait été celui de leur père et de leur aïeul, où eux-mêmes avaient grandi ; et ils chantaient la très suave musique des palais divins.

Le lendemain matin au petit jour, ils s'élevèrent, gagnèrent 1'île de Clare, et tous les oiseaux du pays s'assemblaient autour d'eux sur le Lac aux Oiseaux.

C'est environ ce temps-là qu'il leur advint de rencontrer un jeune homme de bonne race, lequel s'appelait Aibric : il avait remarqué ces oiseaux, leur chant lui était doux, il les aimait grandement, et eux l'aimaient. C'est lui qui a rapporté toute l'histoire de leurs aventures et qui l'a mise en bel ordre. Et l'histoire qu'il conta de leur aventure dernière est telle que s'ensuit :

Ce fut après le temps où la foi du Christ et le bienheureux Patrick avaient paru en Irlande, que saint Mohévog arriva dans l'île de Clare ; et à sa première nuit dans 1'île, les enfants de Lîr entendirent la voix de sa cloche, qui tintait non loin d'eux. Les frères, à l'entendre, eurent un sursaut de crainte :

- Nous ne connaissons pas, dirent-ils, cette voix grêle et déplaisante qu'on entend.

- C'est la voix de la cloche de Mohévog, dit Finuala, et par elle vous serez délivrés de la douleur et de la misère.

Ils écoutèrent la musique de la cloche jusqu'à ce que matines fussent dites, et ensuite ils se prirent à chanter en sourdine la suave musique des palais divins. Or, Mohévog les écoutait, et il pria Dieu de lui révéler qui chantait cette musique, et il lui fut révé1é que les chanteurs, c'étaient les Enfants de Lîr.

Le lendemain matin, il s'avança jusqu'au Lac aux Oiseaux, vit devant lui les cygnes sur le lac et descendit vers eux jusqu'au bord de la rive.

- Êtes-vous les Enfants de Lîr ? dit-il.

- Nous le sommes, dirent-ils.

- J'en remercie Dieu, dit-il, car c'est pour l'amour de vous que je suis venu jusque dans cette île par-delà toutes les autres îles. Et maintenant, venez à terre, et confiez-vous à moi, que vous puissiez faire de bonnes œuvres et renoncer à vos péchés.

Sur quoi, ils prirent terre et se confièrent à Mohévog. Il les amena à sa demeure et ils avaient coutume d'entendre la messe avec lui. Il trouva un bon fèvre et lui fit faire pour eux des chaînes d'argent brillant : une chaîne il mit entre É et Finuala, une chaîne entre Fiachra et Conn. Et tous quatre élevaient son cœur et réjouissaient son esprit ; et quant aux cygnes, danger ou détresse ne les trouvaient plus désormais.

Or, en ce temps, le roi de Connacht était Leirgnenn, fils de Colmann; et Déoch, fille de Finghinn, etait sa reine : c'étaient 1'Homme du Nord et la Femme du Sud dont Ifé avait prédit la rencontre. La femme entendit parler des oiseaux, et un grand désir lui vint de les posséder : elle pria Leirgnenn de les lui amener, et il dit qu'il demanderait à Mohevog. Elle jura qu'elle ne resterait pas avec lui une nuit de plus s'il ne les lui amenait pas, et sur-le-champ quitta la maison ; et Leirgnenn envoya après elle des messagers pour la ramener, mais avant qu'ils pussent la rattraper, elle était déja à Kildoûn. Elle revint avec eux ; et Leirgnenn envoya des messagers à Mohévog pour lui demander les oiseaux, mais en vain. Une grande colère le saisit : il alla en personne trouver Mohévog et lui demanda si c'etait vérité qu'il lui eût refusé les oiseaux.

- C'est vérité sûre et certaine, dit le saint homme.

Là-dessus Leirgnenn se leva, s'empara des cygnes et les arracha à l'autel, deux oiseaux dans chaque poing, pour les ramener à Déoch. Mais il n'eut pas plutôt sur eux porté la main que tomba leur plumage ; et ce qu'il y avait à la place des cygnes, c'étaient trois maigres vieillards flétris, une menue vieille flétrie, que n'avaient plus ni chair ni sang.

À cette vue, Leirgnenn eut un grand sursaut, et s'enfuit. C'est alors que Finuala dit à Mohévog :

- Allons, baptise-nous, car notre mort est proche. Et, je m'assure, te séparer de nous ne te coûte pas plus qu'à nous de nous séparer de toi. Ensuite creuse notre tombe, et couche Conn à mon flanc droit, Fiachra à mon flanc gauche, E face à mon visage entre mes deux bras. Et prie le grand Dieu du Ciel qu'il te donne le temps de nous baptiser.

Alors les Enfants de Lîr reçurent le baptême, et ils moururent, et ils furent ensevelis comme Finuala l'avait prescrit, Conn et Fiachra à chacun de ses flancs, É face à son visage ; et on planta sur eux une pierre debout, on y grava leur nom en Ogham fourchu, on dit sur eux les lamentations dernières et leur âme monta au ciel.

Ici finit l'histoire des enfants de Lîr.

Le Dragon paresseux

le 08/02/2005 à 17h01
Au palais céleste, Dragon Paresseux avait été chargé de s'occuper des fourneaux de l'impératrice. Peu courageux mais orgueilleux, il trouvait ce travail monotone.

Un soir qu'il préparait un mouton grillé, Dragon Paresseux s'endormit, en laissant retomber le feu. Ainsi des plats à peine cuits parvinrent au palais. L'impératrice mangea cette viande indigeste et en tomba malade. Furieuse elle fit frapper le Dragon Paresseux à coups de bâton. Le dragon justifia cette maladresse en affirmant que cette tache était trop facile pour lui. Il se disait capable d'exploits et supplia l'impératrice de lui donner une mission plus intéressante.
Celle-ci , bien que peu convaincue, décida de lui donner une chance. Elle l'envoya sur Terre pour entretenir les montagnes. Enthousiasmé Dragon Paresseux se précipita sur Terre. A son arrivée il fut surpris par le désordre qui y régnait. La région venait de subir un tremblement de terre et le dragon dut, pendant plusieurs jours, pousser des cailloux pour tout remettre en ordre. Après cette rude besogne il décida de s'accorder un peu de repos mais l'impératrice le fit réveiller brusquement. Elle lui demandait d'intervenir pour consolider le mont Taishan. Il entama sa besogne en bougonnant car cela ne l'intéressait déjà plus. Le soir il s'endormit sans avoir terminé son ouvrage. Or il s'agissait d'un point sensible du monde car le mont Taishan soutenait le coin Nord-Est du ciel. Dragon Paresseux se réveilla après la catastrophe, tout couvert de poussière. Le mont Taishan mal consolidé venait de s'écrouler.
Au palais céleste ce fut l'affolement car le ciel était tout carré et soutenu par quatre grandes montagnes, situées aux quatre coins du monde. Privé d'un de ses piliers, le ciel penchait donc dangereusement. L'impératrice fit jeter Dragon Paresseux au cachot.
Plus tard, les dégâts réparés, elle lui donna une seconde chance en lui confiant la surveillance des mers orientales. Les premiers jours, Dragon Paresseux prit son rôle au sérieux. Mais il trouva cela monotone et ordonna aux poissons de lui construire un immense palais sous-marin. Là, il joua, dormit, abusa de l'alcool et bien entendu oublia son travail. Il s'ensuivit des tempêtes et des inondations.
Mise au courant, l'impératrice fit battre Dragon Paresseux et le fit jeter au cachot. Puis elle lui confia une nouvelle tâche : il devint gardien de nuage mais cette fois sous la surveillance vigilante du coléreux maître de la foudre. Depuis ce temps, Dragon Paresseux réunit inlassablement les nuages avant l'orage et les disperse ensuite. Il n'oublie jamais de le faire sinon un éclair du maître de la foudre vient lui fouetter l'échine.

Histoires et légendes

le 29/01/2005 à 18h11
Susanoo et le Dragon à huit têtes

Passant près d'une ferme , Susanoo, un grand guerrier, entendit des sanglots. Il s'approcha et vit un homme, une femme et une jeune fille. Le vieillard lui appris que sa fille, Kunisada, était la dernière de ses huit fille , les autres ayant été dévorées par un horrible dragon à huit têtes. Le lendemain à minuit, le dragon devait venir chercher Kunisada. Susanoo fut sensible à la détresse des parents et encore plus à la beauté de la jeune fille.
Au cours du repas du soir, Susanoo parla peu mais il réfléchit intensément , ne levant les yeux que pour regarder la fraîche Kunisada. Avant de se coucher, il visita les bâtiments et en particulier les réserves de nourritures. Il demanda au vieil homme de convoquer tous les habitants de la région pour le lendemain , munis de leurs outils. Enigmatique, Susanoo ne dévoilait rien de son plan. Au petit matin , les paysans , anxieux, discutaient à voix basse , leurs outils à la main, attendant les ordres. Susanoo apparut et leur donna des ordres précis. Tous entreprirent alors d'abattre les arbres pour construire une barrière étrange : une gigantesque et robuste palissade percée de huit portes. Une heure plus tard, elle barrait tout le fond de la vallée, ne ménageant que huit passages face à la maison de Kunisada. Quand tout fut terminé, Susanoo se dirigea vers la réserve, en sortit huit lourds tonneaux puis en plaça un derrière chacune des huit portes.
Le monstre approchait. Susanoo fit sauter les couvercles des tonneaux et une forte odeur de saké se répandit aussitôt. Il se dissimula ensuite derrière une charrette pour ne pas éveiller la méfiance du monstre. Pourtant le dragon flairait un piège. Cette barrière lui déplaisait. Il la secoua violemment avec ses pattes griffues mais elle résista. Il s'arrêta lorsqu'il sentit une douce odeur qui effleurait ses naseaux. Il reconnut l' odeur du saké, un breuvage qu'il adorait. Toutes babines baveuses, le dragon s'attaqua de nouveau à la barrière. Elle tenait bon. Il passa alors une seule tête par une porte, toujours méfiant. Cette tête se régala du contenu du tonneau . Les autres têtes prirent alors chacune une porte pour se régaler à leur tour.
Vif comme l' éclair, Susanoo bondit hors de sa cachette et trancha la première tête. Sous l'effet de la douleur le monstre se releva, brisant en partie la barrière. Le dragon tarda à attaquer car il titubait sous l'effet de l'alcool. Il n'arrivait pas à coordonner toutes ses têtes. Susanoo les trancha une à une .
Kunisada était sauvée !
Dans la queue du dragon, Susanoo découvrit une épée magique, une épée sacrée qu'il offrit au premier empereur du japon. Après sa victoire il épousa Kunisada.

Je me présente

le 29/01/2005 à 18h07
Mon prénom: Amédée
Mon âge: 41 ans
Mon boulot: je travaille dans un collège
Mes passions: mon dragon, les films d'action,l'nformatique, internet, la famille et mes amis

dragon

le 29/01/2005 à 17h58